Par Tanguy Le Berre, Directeur Upward Sales

Revenue leadership : les nouveaux codes du recrutement dans la tech

Depuis deux ans, les conversations avec les dirigeants des entreprises technologiques ont changé de nature. Une question revient systématiquement : comment construire une organisation commerciale capable de croître de façon rentable et prévisible, et pas seulement rapidement ?

La nuance est importante car elle raconte quelque chose de profond sur la transformation en cours.

Le modèle classique a vécu

Le schéma classique – équipe Sales qui chasse, marketing qui génère des leads, support qui gère l’après-vente – n’est plus adapté. Trois forces convergentes l’ont rendu obsolète.

 

  • La fin de la croissance à tout prix, d’abord. Les valorisations ne récompensent plus les courbes de MRR sans regard sur la marge. Les conseils d’administration demandent des ratios : CAC payback, LTV/CAC, Rule of 40. Le dirigeant commercial doit parler le langage du CFO autant que celui du terrain.

 

  • L’allongement des cycles de vente, ensuite. Les acheteurs sont mieux informés, plus nombreux dans le processus de décision, plus exigeants sur un ROI démontrable avant signature. Un closing ne se gagne plus en quelques rendez-vous, mais en orchestration de multiples points de contact sur plusieurs mois.

 

  • L’irruption de l’IA dans le quotidien commercial, enfin. Les outils de scoring, d’enrichissement et d’analyse conversationnelle ne sont plus des gadgets réservés aux équipes avancées. Ils redéfinissent ce qu’un commercial peut accomplir seul, et ce qu’il ne devrait plus faire manuellement.

 

Ces trois forces poussent les organisations à penser le revenu comme un système, pas comme une succession de silos.

Les conséquences sur les recrutements

Le premier changement est peut-être le plus contre-intuitif : la technicité est devenue un prérequis, pas un différenciateur. Un VP Sales qui ne maîtrise pas son stack – CRM, outils d’engagement, BI – ou qui délègue intégralement ces sujets à ses équipes RevOps perd en crédibilité pour piloter une organisation moderne. Ce qui est désormais attendu, c’est une capacité à challenger les données, pas seulement à les consulter.

 

Le deuxième changement concerne le leadership. Les profils qui tirent leur épingle du jeu ne sont plus les « super-closers » individuels, mais ceux qui savent aligner Marketing, Sales et Customer Success autour d’objectifs communs, arbitrer les conflits de priorité entre acquisition et expansion, faire évoluer les incentives pour refléter la réalité du parcours client. Le charisme individuel ne compense plus l’absence de vision systémique.

 

Le troisième changement touche à la lecture du parcours. Avoir accompagné une série B jusqu’à la série D reste un signal fort, mais ce qu’on scrute désormais, c’est la manière dont cette croissance a été construite : efficacité du modèle, rétention des équipes, capacité à structurer sans rigidifier. La trajectoire compte autant que le résultat.

Les quatre rôles qui concentrent l'attention

  • Le Chief Revenue Officer (CRO)

Le CRO est responsable de l’ensemble du cycle de revenu, de l’acquisition à la rétention, en passant par la conversion et l’expansion. À ce titre, il siège au comité exécutif et pilote l’ensemble des fonctions qui contribuent directement à la génération et à la croissance du chiffre d’affaires : Sales & Business Development, Growth & Marketing, Account Management, Customer Success, Sales Operations / Sales Enablement / Revenue Operations (RevOps), Partnerships & Alliance, et Pre Sales.

Si cette fonction s’est véritablement structurée au cours des cinq dernières années et bénéficie aujourd’hui d’un fort engouement, le titre est aussi largement galvaudé. Beaucoup d’entreprises annoncent recruter un CRO alors qu’elles recherchent en réalité un VP Sales ou un Head of Sales, avec un périmètre essentiellement commercial plutôt qu’une responsabilité globale sur le revenu.

 

  • Le Revenue Operations (RevOps) Leader 

Le RevOps est passé du back-office au centre de gravité. Dans les organisations les plus matures, le Head of RevOps rapporte directement au CRO ou au CEO. Son rôle est de garantir l’intégrité des données, fluidifier les processus inter-équipes et transformer le stack technologique en avantage compétitif.

Le profil type combine une formation analytique (data, finance, conseil) avec une expérience opérationnelle dans des environnements SaaS en croissance. La rareté de ces profils hybrides en fait l’un des recrutements les plus tendus du marché.

 

  • Le Customer Success Stratégique

Le Customer Success n’est plus un département de gestion de compte déguisé. Les meilleures organisations l’ont repositionné comme un levier de croissance à part entière, responsable du Net Revenue Retention autant que de la satisfaction client.

Les dirigeants recherchent des VP Customer Success capables de structurer des parcours d’expansion, de modéliser le risque de churn avant qu’il ne se matérialise et de collaborer étroitement avec le produit pour transformer le feedback client en roadmap.

 

  • Le GTM Engineer

C’est le rôle le plus récent et le plus révélateur de la transformation en cours. À l’intersection du Sales, du RevOps et de l’ingénierie, le GTM Engineer construit les workflows automatisés, intègre les outils d’IA dans les processus commerciaux et crée les ponts techniques entre CRM, produit et outils d’analyse. Encore rare, ce profil devient indispensable pour les organisations qui veulent exploiter le potentiel de l’automatisation sans sacrifier la flexibilité nécessaire à l’expérimentation.

 

Recruter : les erreurs qui coûtent cher

Quand le sujet du recrutement est abordé, certains réflexes persistent et ils peuvent s’avérer couteux pour les entreprises.

 

Recruter un profil « scale » trop tôt. Un VP Sales issu d’une licorne en série D n’est pas nécessairement le bon choix pour structurer une équipe de cinq commerciaux. L’écart entre les environnements génère frustration et échec dans les deux sens. La vraie question à poser : ce candidat a-t-il déjà construit, ou seulement optimisé ?

 

Sous-estimer l’enjeu culturel. Un leader techniquement excellent mais incapable de créer un climat de transparence, de feedback et de responsabilisation échouera, quelle que soit son track record. Les organisations Revenue performantes ne se construisent pas sur des individualités, elles se construisent sur une culture.

 

Négliger le RevOps dans les priorités. Trop de dirigeants considèrent encore le RevOps comme un centre de coût, recruté après les « vrais » postes commerciaux. C’est une erreur stratégique : sans fondations solides en termes de données et de processus, même les meilleurs commerciaux vont atteindre leurs limites

 

Confondre familiarité avec l’IA et maîtrise. Savoir utiliser ChatGPT ne fait pas un leader prêt pour l’ère de l’IA. Les dirigeants doivent évaluer la capacité des candidats à repenser les processus, pas seulement à adopter des outils.

Ce que l'IA change… ou non

Sur le terrain, les effets de l’IA sont à la fois plus modestes et plus profonds que les discours ne le suggèrent.

 

Ce qui change concrètement : la prospection gagne en précision, la préparation des rendez-vous se transforme grâce à l’analyse des signaux comportementaux, le coaching devient scalable via l’analyse des appels et les tâches administratives à faible valeur ajoutée s’automatisent progressivement.

 

Ce qui ne change pas : la relation humaine reste centrale dans les ventes complexes. Le jugement stratégique, c’est-à-dire prioriser les marchés, définir le positionnement, arbitrer les ressources, reste humain. Et la confiance se construit dans le temps, pas dans un algorithme.

 

Mais ce qui compte vraiment pour un dirigeant qui recrute, c’est que l’IA n’égalise pas les équipes, elle amplifie les écarts. Une organisation bien structurée en tirera un avantage compétitif considérable. Une organisation désorganisée verra ses inefficacités se propager plus vite qu’avant. Le profil à rechercher n’est pas celui qui maîtrise les mais celui qui sait construire le système dans lequel ces outils s’intègrent.

Ce que nous observons

Les entreprises tech qui réussissent leurs recrutements de leaders Revenue ont en commun quelques disciplines simples : elles définissent le stade de maturité de leur organisation avant de chercher un profil. Elles investissent dans le RevOps dès les premières embauches commerciales. Elles évaluent les candidats sur leur capacité à construire des systèmes, pas seulement à performer individuellement. Et elles acceptent que le leader idéal ne ressemble pas toujours à ce qu’elles avaient imaginé au départ.

Tanguy Le Berre Consultant Upward Sales

Le marché des talents commerciaux de haut niveau reste tendu. Mais la vraie difficulté n'est pas de trouver des candidats, c'est de savoir précisément ce qu'on cherche.

Tanguy Le Berre

Directeur Upward Sales

Les intitulés continueront d’évoluer, de nouveaux rôles apparaîtront, d’autres disparaîtront. Ce qui ne changera pas, en revanche, c’est que les organisations qui prennent de l’avance sont celles qui pensent leur fonction Revenue comme un système cohérent, où Marketing, Sales, Customer Success, opérations et technologie poursuivent un même objectif.

 

Dans ce contexte, le recrutement n’est plus seulement un levier de croissance. C’est un choix d’architecture.

Upward Sales vous aide à

  • Clarifier avant de recruter : A quel stade de maturité est votre organisation ? Quelles seront les responsabilités exactes du poste, les indicateurs de performance attendus et les interactions avec les autres fonctions ?

 

  • Evaluer la capacité d’adaptation autant que l’expertise : capacité d’apprentissage, adaptabilité, intelligence relationnelle, compréhension des environnements complexes et des cycles de génération de revenus, sont autant de compétences à évaluer chez un candidat.

 

  • Recruter sur les compétences, pas sur les intitulés : un excellent futur RevOps peut aujourd’hui être identifié dans une équipe Sales Operations, Business Operations ou Data. L’analyse du parcours et des compétences prime.

 

  • Intégrer l’IA dans les critères d’évaluation : en testant la capacité des candidats à intégrer rapidement de nouveaux outils, automatiser certaines tâches et utiliser la donnée pour améliorer leur prise de décision. Les écarts entre candidats sont souvent révélateurs.

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